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La Nuit Transfigurée Par Bernard De l'Océan 
Ce flot de vent d'ombre et d'étoile Au ciel immense qui se voile Te fait trahir, D'une lumière qui lointaine Baigne tes songes de sirène Et d'avenir,

Lueur de feu qui grève d'ombre Tes yeux immenses qui font sombre Dans les soleils, D'une fontaine de silence Qu'un froid stellaire étreint d'absence Tes yeux vermeils.
 Et la pâleur d'eau où se mire Un soir étrange qui transpire D' abolitions, Jusqu' à penser à la paresse Que dans un rêve de tristesse Nous nous faisons,

Songe de nuit et d'amertume Quand nous de nos ailes sans plume, A parcourir Ce feu d'étoile qui chancelle, Nous cherchons la flamme nouvelle Jusqu' à mourir. . .

Ce vent de feu qui monte vite Et cette lèvre qui m'invite A t'embrasser, Dans un voyage dont j'avais Prévu les chemins que tu sais Ensorceler,

Ce soir étrange de sommeil Qui nous conduit dans le soleil D'ombre étoilée, Nous ferons somme de langueur Dans une vague de rumeur, Transfigurée.
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Quand la Mer se déchaîne !...
Que la mer est belle avec ses blancs moutons ! Mais soudain, elle se change en mégère impromptue : Fantastique et sublime, semblable à mille démons Qui fondent sur les maisons et font trembler les nues !
 Dans un ciel assombrit, déchiré par l'éclair, Le vent et le tonnerre font plier les grands arbres, Ballottant les oiseaux qui cherchent un repaire. Neptune et Jupiter, ont réuni leurs armes !
 L'homme seul, au milieu des éléments déchaînés Doit lutter pour sa vie et sauver son bateau, Face aux furies infernales si déterminées, Qui veulent à tout prix : l'emmener au fond des eaux...
 Pauvres marins luttant contre : vague et orages, Il vous reste " un ami - un guide sur la terre " Debout sur les rochers, tout au bord du rivage, Un ange solitaire scintille dans les ténèbres.
 Seul, Stoïque, le gardien de phare - coupé du monde, Assume et reste là... pour que les autres vivent ! Harcelé de milliers de lames qui l'inondent, L'encerclent, l'agrippent et meurent en vaines offensives !
 Là où finit la terre, la mer a son royaume ! Belliqueuse : elle monte jusqu'au toit des maisons Elle envahit les quais, et roule sur les chaumes, Bousculant sur la digue les curieux de saison.
 Le port avec ses rues sont recouverts d'écume, Comme en pleine montagne, on marche dans la neige ! La mer est mécontente et montre sa rancune, Mais les vieux loups de mer, connaissent bien son manège !
Déesse irascible, elle veut des sacrifices... En sortant de son lit, comme une amante cruelle, Elle emporte avec elle les meilleurs de nos fils ! Mais qui oserait dire : que la mer n'est pas belle ?...
 (Jean-Claude Brinette)
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La nuit, lorsque tu dors, J’accours près de toi ; Doucement je m’approche Et j’emporte ton âme Si tu savais quels merveilleux voyages Ensemble nous faisons ! Très haut je t’emmène Sur le dos d’un nuage rond, Et nous tournons ainsi Autour des constellations. D’autres fois nous glissons Sur la pente neigeuse De notre voie lactée ; Ou bien, accrochés à la traîne D’une étoile filante, Nous tombons au bord de mers étranges, Des mers que nous voudrions tant connaître éveillés, L’océan glacial arctique, La mer rouge et la mer blanche. Nous voguons vers des îles Aux noms merveilleux, Plus doux que le chant des sirènes, Iles multicolores, Parées de plumes et de coraux Et qui se parlent un langage d’oiseau. Je crains qu’à ton éveil, un jour, Tu ne trouves dans tes cheveux Quelque brin d’algue ou de corail ; Sur tes lèvres, Un goût de mer ou d’étoile, Et dans ton cœur la nostalgie De ces lointains pays Que chaque soir nous visitons.
Par M. BANNEMEYER BONMATI Extrait de Romancero Riffain et l'Exilée de la Mer édition de 1946.
petite video:les fonds marins
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Oceano Nox
Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ? Combien ont disparu, dure et triste fortune ? Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?
  
Combien de patrons morts avec leurs équipages ? L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée, Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !
   
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ! Vous roulez à travers les sombres étendues, Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus !
  
On demande " Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ? Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? " Puis, votre souvenir même est enseveli. Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli

On s'entretient de vous parfois dans les veillées, Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées, Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts, Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures, Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures Tandis que vous dormez dans les goémons verts !
  
Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ? Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur, Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encore de vous en remuant la cendre De leur foyer et de leur coeur !
   
Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière, Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond, Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne, Pas même la chanson naïve et monotone Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ? O flots ! que vous savez de lugubres histoires ! Flots profonds redoutés des mères à genoux ! Vous vous les racontez en montant les marées, Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...
(Victor Hugo)
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L'homme et la mer Extrait Des Fleurs Du Mal.
Homme libre, toujours, tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ; Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets : Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes, O mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, O lutteurs éternels, ô frères implacables !
Par Charles Baudelaire

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